Novembre, la rencontre de parents

Novembre. La grande noirceur. La première rencontre de parents. Tous des synonymes.

On a encore la broue dans le spray-net de la fin d’étape, qu’on doit se trouver des couleurs pour jaser avec les parents par un pluvieux jeudi soir de novembre. C’est écrit dans le ciel qu’il va pleuvoir et qu’il va faire noir à 16h54. Colette n’a même pas à se pointer à TVA ce jour-là. Le jour de la rencontre de parents, il fait frette et il pleut. Les parents attendent en file, dans le gymnase, avec leur manteau mouillé, les plus « wises » ont un café Tim dans les mains. Il y a les élèves qu’on a vus toute la journée qui sont trop contents de nous voir le soir « Allô madame !!! » et ceux qui n’ont vraiment pas envie d’être là. Eux, sont souvent assis dans une position qui défie les lois de la gravité et de la biologie en réussissant à allonger le plus possible leur corps sur une chaise de façon à ce que, malgré leurs mains enfoncées dans leurs poches, ils arrivent à tenir leur corps parallèle au plancher dans un évachement impressionnant. « Hmmmfffffouin, ma mère m’oblige à être là… » c’est plus ça qu’ils nous disent.

Mais tout ça commence bien avant. Dans notre vie de prof. Cette vie remplie de personnages qui méritent un nom de totem. Oh que oui !

En réalité, tout commence par une ficapibaran. La fin de la première étape. Après un pseudo-vide d’activités d’évaluation (douze minutes genre…), on se retrouve un lundi matin dans la salle des enseignants, les yeux un peu croches… « On n’oublie pas tout le monde, c’est cette semaine la rencontre de parents gang ! » C’est l’espèce d’animateur scout du personnel. Toujours là pour nous rappeler une réunion, une assemblée, une rencontre… Son totem : Capibara Rabat-Joie.

C’est le début de cette longue semaine qui culmine par une rencontre de parents. La semaine n’a pas de fin. On est déjà fatigué et on est seulement rendu mardi matin. Il y a la prof qui entre deux minutes avant le début des cours, prise dans sa boîte à lunch, qui s’enfarge dans les sacs des autres: « Calissssseeeeee de matin de marde ! Tassez-vous j’ai la première ! » Tsé la prof toujours à la traîne. Généralement, elle court entre la photocopieuse et sa classe, elle oublie ses clés sur le lavabo dans la salle de toilettes. Son totem : Mouette Écartée (et non pas en lien avec le party de Noël 2012… autre histoire !)

Le mercredi, il y a le prof qui commence à avoir des « signes évidents d’une violente grippe », « grippe » dont il devrait vivre l’apogée entre 18h et 22h le jeudi soir. Ah qu’il se mouche fort. Il toussote. Il râle. « J’file pas man. J’me sens tout croche. KufKuf. » Il se gargarise de Halls aux cerises, il sent l’antiflogistine. Son personnage est parfait !!! Du grand art. Il prépare déjà son absence du lendemain. Il est presque aussi convaincant qu’un participant de la Poule aux Œufs d’Or qui hésite entre l’oeuf et l’enveloppe quand l’enveloppe indique 10 000$. Tsé ti-gars, on te voit venir. Son totem: Furet en fuite.

Le jeudi. L’histoire sans fin.

La collègue qui arrive avec sa robe dans un sac de poubelle et qui l’accroche pour la soirée. Paon solennel.

Celle qui dit « On va souper où ? Paccini ? Mikes ? Sushis ? On s’fait v’nir une pizz ? » Elle, elle a trois enfants à la maison et elle est méga contente de se sauver du souper aujourd’hui. Hyène su’l cul.

Celui qui est habillé le soir, exactement avec le même kit que dans la journée. Le seul qui porte un t-shirt avec une inscription humoristique du genre « J’en ai marre d’avoir toujours raison ». Veau immature.

Le soir venu, le prof qui s’installe à la table de rencontre avec son laptop, son fichier excel avec les résultats, les moyennes, l’écart-type, les prévisions et des Ipad pour faire faire des Kahoot aux parents qui attendent. Mulot fatiguant. TArsier

Celle qui dit à tous les parents « Je ne vous serre pas la main, j’ai un ptit rhume. » Elle n’a pas le rhume pantoute, elle ne veut juste pas être contaminée par toutes les cochonneries des autres. Souvent, sous la table, elle a un truck de purell et des lingettes désinfectantes cachées dans sa brassière. Tarsier hypocondriaque.

Le prof qui parle trop longtemps avec tous les parents. Sa file de parents s’étire jusqu’au milieu du gymnase, il termine à 23 heures. Colibri intense.

À l’inverse, le prof qui n’a personne à son bureau et qui passe la soirée à faire de la correction caché derrière la file de Colibri intense. Hibou qui enseigne l’ECR.

Il y a la prof d’art dramatique trop expressive qui parle fort et que tout le monde entend TRÈS bien. Elle gesticule. Elle est heureuse de parler de sa passion. Les parents essaient de lui expliquer qu’ils se sont trompés, ils pensaient que c’était la file de l’enseignante d’anglais… Trop tard. Ils n’ont pas le choix d’écouter sa tirade. « C’est un roc. C’est un pic. Non c’est mon aaaaAARRrrRrrrt ! » Les parents reculent, elle avance. Elle nous divertit Labra-Doodle expressive.

Les profs d’éduc qui ont troqué les shorts en spandex pour les jeans et la chemise. On ne les reconnaît pas. La file devant eux se résume souvent aux papas qui veulent jaser du talent de leur enfant dans les sports. Les profs d’éduc, eux, n’arrivent avec rien à la rencontre. La légende dit qu’ils gardent un sifflet dans leur poche telle une doudou de sécurité. C’est la légende des Hamsters à sifflet.

Nous sommes tous là (sauf Furet en fuite qui écoute la game de hockey dans son man’s cave). On parle, on parle, on parle, on jase, on explique, on console, on rassure, on essaie… On essaie fort. Si vous n’êtes pas du milieu de l’éducation, je vais vous dire un secret, on est fatigué en sale après cette soirée. Brûlés raides. Après le départ de tous les parents, on a souvent mal à la tête, mal à la gorge. Mouette écartée a perdu ses clés. Capibara-Rabat-Joie nous rappelle notre rencontre du lendemain matin et les Hamsters à sifflet se sont déjà ouvert une bière.

Et je vais vous dire un autre secret… Le lendemain matin, pendant la journée pédagogique nous sommes vêtus des vêtements les plus informes que nous possédons. L’apogée du linge mou. La troupe réunie dans la bibliothèque telle une annonce de « Au Coton » de 1994. Et, oui, nous sommes assis EXACTEMENT comme l’élève peu motivé de la veille. « Hmmmfffffouin, j’t’obligé d’être là »… Bon mois de novembre mes collègues !!!

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3 réponses sur « Novembre, la rencontre de parents »

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