Fille faut que j’te parle !

Tu es tranquilles ? Les enfants sont couchés ? Tu es au travail en train de manger ta collation de noix et de fruits secs ? Assis-toi fille, faut j’te parle !

Tes enfants n’auront jamais de meilleure maman que toi. Point. Arrête de te comparer.

De toute façon, quand ils te disent que la maman de Mary-Môde est plus cool que toi, c’est d’la shnoutte ça on le sait. Tes enfants vénèrent la génitrice de Mary-avec-un-y-Môde-circonflexe-sur-le-o, parce qu’elle leur donne deux Mister Freezes avant le souper pendant que toi tu leur dis « non, on soupe dans 20 minutes! » Tu ne devrais même pas te questionner sur le bon sens de ton intervention, c’est juste ce que tu as décidé. Et si tu es la mère de Mary-Môde, outre le fait que je te juge un peu pour le choix nominale de ta progéniture, tu peux ben leur donner ce que tu veux avant le souper, c’est ben correct.

On est toujours face à la comparaison. Dès le début…

Dans nos cours de prénataux. Celle qui veut accoucher dans l’eau, celle qui veut accoucher gelée ben raide, l’épidurale dans le tapis, celle qui veut ça full naturel avec de la musique de Zamfir parce que, selon Google, Zamfir dilate l’orifice vaginal les soirs de pleine Lune. Est-ce qu’on peut juste accoucher comme on veut, ça fait assez mal de même, pas besoin en plus de me sentir coupable si je veux me faire lancer du jus d’épidurale par les deux narines en même temps qu’on me rentre un pieux dans la colonne (sans bouger bien sûr) ? Ou si je veux vêler en me faisant masser avec de l’huile d’émeu du Groenland pendant qu’un groupe hommage à Claude Dubois me chante « Comme tu voudras, fadelidela» dans un coin de la chambre, c’est mon choix. LAISSEZ-NOUS EXPULSER EN PAIX ! Sans se comparer.

Viennent ensuite la panoplie de cours « avec bébé ». Cuisine avec bébé, tricot avec bébé, natation avec bébé, souffler du verre avec bébé, mélanges et solutions chimiques avec bébé… Et là aussi on se compare. « Le tiens Chimie_bébéfait déjà ses nuits ? Wow tu es chanceuse ! » dans ma tête ça sonnait plus comme « Le tiens fait déjà ses nuits ? BITCH, bitch bitch bitch bitch ! » Pourquoi le mien ne dort pas ? Pourquoi il ne capote pas sur le veau en purée ? Pourquoi je ne lui fais pas des confiture de kaki (pas la couleur, mais le fruit méconnu) ? Pourquoi j’ai l’air d’une junkie avec mon linge mou, ma toque de cheveux qui n’ont pas été lavés depuis 3 jours pendant que Kristelle, elle, semble sortie d’une pub de Gap avec sa teinture à jour et son sourire plus blanc que blanc ? Elle sent un doux mélange de lavande et de rosée de mai. Je dégage comme une odeur de sueur, de p’tit lait et de restant de menstruation… j’m’écoeure ! On se compare tout-le-temps.

« Il va déjà à la garderie ? » On se compare… À la garderie… Me semble qu’il dessine moins bien que les autres? Ah ouin, je l’ai envoyé quand j’étais en congé pendant que la famille du coin de la rue faisaient un bonhomme de neige en riant aux éclats. Je les entendais pendant que j’écoutais mon film de fille l’après-midi sur mon divan (mon préféré, la fille qui devient une princesse avec un beau prince et une meilleure amie comique là, un must de congé de maternité.) Il y a aussi ce papa qui arrive en joggant, bébé dans le porte-bébé, l’hiver, pas essoufflé, beau comme un dieu… Moi, je me traîne hors de la voiture avec mes bottes kodiak qui font flocfloc parce qu’elles sont trop larges, j’entre dans la garderie essoufflée, les lunettes en buée, le sac de couches sous le bras (mon refill mensuel), une doudou entre les dents (on l’avait oublié hier matin, aka « le drame »),  l’ostie de coquille qui me bloque le sang dans le coude. Je passe de peine et de misère la porte de la garderie, papa-occupation-double me tiens la porte… CRISS J’AI OUBLIÉ LE LAIT DANS L’AUTO ! Estiiiii !

Après, ils vont à l’école, ils ne sont plus des bébés mais des enfants. Oh my god, le début d’unnnnneeee loooooongue série de comparaisons. Rencontre de parents, « Le miens, ce n’est pas le p’tit criss de la classe hein ? » Dans les sports: « Pas sûre qu’il va être sélectionné cette année… » Dans les fêtes d’enfants: « Il a bien fait ça ? Ce n’est pas lui qui a lancé une balle de Nerf dans l’oeil du fêté hein ? » On voudrait toujours qu’ils paraissent bien.

Mais pour qui ? Eux. Non. Nous ? Ouin… un peu. Parce que depuis qu’on les a expulsés mega dilatée grâce au pipo de Zamfir, ils nous rendent fiers. Cette fierté on ne peut pas nous l’enlever et on la recherche tout-le-temps. C’est un des plus beaux sentiments du monde. Il pousse son premier cri et on est fier de lui. Il marche enfin, on pleure de joie. Il fait une belle sieste à la garderie, on appelle notre meilleure amie pour lui raconter. Il reçoit un bon résultat en dictée on affiche son succès sur le frigo. Il chante « Comme tu voudras » de Claude Dubois dans la chorale de l’école, on applaudit en ayant un douloureux souvenirs des contractions 9 ans plus tôt…

Fille, on est toutes pareilles malgré nos parcours et nos idées différentes (et pas juste à cause de nos sphincters amochés). On ne vit que pour ces moments de fierté qu’on partage beaucoup trop sur les réseaux sociaux. La seule chose que je te demande c’est de croire en tes idées et de te foutre de celles des autres (sans mettre personne en danger là ! Tsé cocotte, utilise ta tête quand même). On peut bien te juger parce que tu as appelé ta fille Mary-Môde, parce que tu lui donnes deux mister freezes après l’école ou parce que tu viens en bikini au aqua-bébé (avec ton petit dernier Raph-À-El) mais c’est juste ta vie à toi, ton petit bonheur et ta grande fierté. Comme toi qui tiens à ce que tes enfants évitent le trop-de-sucre, qui est un peu gossante avec ton chou-kale et tes caramboles dans les lunches pendant que les autres amis ont des pattes d’ours (toi tu fais des pattes d’ours aux myrtilles et baies de goji). Fille, qui que tu sois, quoi que tu fasses pour tes précieux, vis-la ta vie de maman, vis-la à fond parce que tu peux être fière et parce qu’aux yeux de tes enfants, tu es parfaite ! Et ne laisse jamais personne t’en faire douter.

Tes enfants sont aussi fiers de toi que toi tu peux être fiers d’eux. Ils te le disent juste avec un bec un peu plus mouillé. Fille, tu es la meilleure des mamans. 

« Fafadelideli
dip twid deli dulo »
– Claude Dubois (1973) 

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