Faire travailler son cerveau

Moi et mon cerveau hyperactif ! Je suis active comme un ours en hiver mais mon cerveau lui se cherche toujours un défi… ce n’est pas reposant surtout quand mon défi implique les autres (genre, trouver le sosie de tous mes collègues, « plugger »des mots absurdes pendant une réunion, lire trois livres en même temps…) Tsé pas reposant ! Là j’ai trouvé un nouveau défi pour mon cerveau, le livre « Write the story » qui suggère un thème de départ et une banque de dix mots, le but étant de composer une histoire avec ses informations. Malade! Mon cerveau est content, mon sommeil un peu moins. Je ne suis pas du tout écrivaine, c’est pour le plaisir que je vous le partage.

Voici donc deux histoires, fruits de cet exercice. Je réalise que mes histoires mettent souvent en scène des gens décus par leur vie. Eh ben ! Faudrait que j’en parle à un psy. Hahahahaha !

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Thème : Une scène romantique dans un endroit qui ne l’est pas

Mots à placer : forgeron, langue, coude, femme, étincelle, musicale, aveugle, BBQ, Bible, paquet

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Dans la salle d’examen

On lui avait demandé de déposer ses effets personnels sur la chaise près de la porte de la salle d’examens. Nerveuse, elle attendait debout au milieu de la pièce froide, à moitié nue. Ils se croisaient ici depuis des mois. Lui et elle.

Une radio commerciale se faisait entendre dans le plafond. La minute précédente un animateur criard avait fait gagner un BBQ à un auditeur surexcité. Maintenant, l’ambiance musicale aurait dû l’aider à se détendre. Inutile, elle était consciente de sa faiblesse. Avec lui, elle se sentait excitée et coupable à la fois.

Il entra dans la pièce par la porte derrière elle. Elle n’osa pas se retourner, nue des épaules à la taille, glacée. Telle un aveugle, elle voulut le sentir en premier. Les yeux fermés, elle sursauta au son de sa voix : « Avancez. Placez-vous ici comme les autres fois. C’est bien. »

Elle le sentit tout près, la frôlant comme à chaque visite. Malgré elle, sa bouche s’entrouvrit d’émois, elle sentit sa propre langue glisser entre ses dents et effleurer ses lèvres. À chaque fois, elle ressentait cette chaleur, cette étincelle qui aveuglait sa raison. Il posa doucement sa main sous son coude puis sur son épaule : « Tournez-vous un peu ». Elle osa un regard vers cette main qui touchait sa peau. Elle remarqua des brûlures sur ses doigts. Elle se dit qu’il avait des mains de forgeron. Elle se trouvait ridicule d’imaginer cette comparaison. Il avait les mains les plus masculines qu’elle ait jamais vues.

« Ne bougez pas…. 3, 2, 1… Une autre fois… 3, 2,1… »

Elle frissonnait, cette pression sur sa poitrine la faisait rougir. Elle en tremblait de plaisir.

C’était maintenant terminé, elle le savait. Dans un élan courageux, elle se retourna pour lui faire face. Il était debout près de la chaise lui tendant sa chemise blanche. Elle l’enfila rapidement par pudeur. Pudeur inutile mais qu’elle ne pouvait freiner. Il lui tendit ensuite son manteau en souriant.

Au moment d’enfiler son manteau, elle sentit l’objet lourd frôler sa hanche. Au même instant, elle sentie disparaitre une parcelle de femme au fond d’elle. Elle gardait toujours dans sa poche ce paquet, source de culpabilité à tant désirer ces moments réguliers avec cet homme. Au contact de cette Bible sur son ventre, son excitation cessa d’un coup. Baissant les yeux en soupirant elle l’entendit : « C’était votre dernière mammographie Sœur Cécile. Tout est beau, c’était donc notre dernier rendez-vous. »

Leur dernier rendez-vous…

À ce moment précis, là, dans cette salle d’examens de la Cité-de-la-Santé de Laval, le cœur de Sœur Cécile se fendit de chagrin.

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Thème : Un changement de carrière

Mots à placer : chef, équipe, singe, dinde, mode, durcir, midi, ascenseur, arroserla viande, améliorer

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Fini l’entrepot !

Vendredi, 23 février

Il y pensait depuis longtemps, mais c’est aujourd’hui qu’il quittait son emploi d’opérateur de machinerie. Gilles avait passé plus de quinze ans dans cet entrepôt. Quinze années à entendre les commentaires insignifiants de Claude, qui lui, était passé de commis à chef d’équipe en quelques années bien investies à enjôler le patron (dans l’entrepôt on utilisait plus les mots « licher l’cul »).  Enfin, Gilles n’aurait plus à entendre les conneries de Claude : « Allez ma bande de singes, au travail ! Team work my turkeys ! » Quand un jour, il s’était imaginé fracasser la dentition de Claude à coups de tuyau de PVC, Gilles s’était convaincu qu’il devait quitter cet emploi et vivre de sa vraie passion. En « punchant-out » ce jour-là il se sentait bien, libre pour une première fois depuis des années. Il était excité en pensant qu’il ne remettrait plus jamais les pieds dans cet entrepôt. Plus jamais. Une nouvelle vie s’offrait à Gilles, une vie de danseur de ballet jazz !

Samedi, 24 février

Malgré ses quarante-deux ans et son léger surpoids, il se disait que le mode des arts allait être ouvert à sa différence. Ils allaient surtout être impressionnés par son « développé demi-pointe » qu’il pratiquait en cachette dans son garage depuis des années. Si Claude avait pu le voir, il lui aurait sûrement sortit une insupportable phrase de motivation un peu vache : « Wow mon Gilles, t’as la cuisse légère ! (Il aurait peut-être même utilisé le mot « légerte »).  Stretch your booty my baby ! » Aujourd’hui cette pensée le faisait rire. Il était heureux de pratiquer son art en vue de son audition du lendemain. À force de s’exercer, il sentait ses mollets durcir et sa motivation grimper en flèche ! Il allait définitivement améliorer son sort avec ce changement de carrière. Il dansait en cachette depuis tellement longtemps…

Gilles se souciant peu de la mode, mais il avait tout-de-même commandé un léotard beige extra-large sur Amazon. Au premier essayage il s’était sentit comme une pièce de viande ficelée dans les élastiques. Il avait même imaginé le commentaire de Claude en se regardant dans le miroir : « Qu’on arrose la viande ! Sprinklers on the meat ! » Il devait cesser de penser à Claude, malgré le fait que cet être insignifiant avant été une grande motivation à faire son choix de changement de carrière. Il oublia Claude, il avait maintenant le courage de porter son léotard et il se sentait très fier, il se sentait vrai.

Dimanche, 25 février

Arrivé au centre-ville un peu après midi, Gilles se dirigea vers l’ascenseur qui devait le conduire au quatrième étage de l’École Supérieure de Danse. La danse, la musique, la scène, les projecteurs… Il était conscient que la gloire était quasi-impossible dans le monde de la danse mais il désirait simplement danser. Il n’avait même plus peur des moqueries, il se disait qu’il n’avait qu’une vie à vivre et qu’il devait la vivre pleinement. À son âge, il s’était convaincu de l’importance d’être heureux et là, devant la porte de la salle d’auditions, il était enfin heureux. Il fredonnait tellement il se sentait bien « Fame, I’m gonna live forever. I’m gonna learn how to fly, high ! » Son avenir, que dire, son destin était derrière cette porte. Il ouvrit la porte et entra, radieux.

Lundi, 26 février

« Pis mon Gilles ? Bon weekend ?  Good fin de semaine ? »

« Ah, ta gueule Claude, ta gueule ! »

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