Ne pas sortir le lance-flammes dans la tempête de neige

Billet sérieux, soyez avertis. Ce texte est en construction depuis des semaines comme bien d’autres! Plus sérieux, je ne le sentais jamais abouti… Il ne le sera probablement jamais. Cette semaine une lettre sur le mouvement #metoo a été publiée dans « Le Monde », lettre co-écrite par des auteures dont Catherine Millet et signée par une centaine de femmes. Leur texte, dont je ne suis pas totalement en accord, m’a fait réfléchir sur une discussion intéressante que j’ai eu dernièrement avec des collègues, femmes et hommes. J’ai la chance de travailler dans un endroit merveilleux qui nous permet d’échanger entre adultes intelligents et intéressants et ceci nourrit mes réflexions.

2017 a été une année troublante. Au grand jour ont été révélé des actes odieux commis par des hommes abjectes. Des grands malades du pouvoir et de la démesure. Des victimes, femmes et hommes se sont levés pour dénoncer, pour expliquer. Mais dans chaque grand mouvement, si intense, si troublant, on peut tomber dans la démesure, dans l’excès et provoquer une surcharge émotive qui embrume les esprits.

Les faits

Un viol. Une agression. Du harcèlement. C’est dégueulasse. C’est un drame qui doit être dénoncé par les victimes ou les témoins et traité par les autorités. Avec sérieux et avec l’écoute et le support nécessaire pour la victime. L’agresseur est une marde, pas la victime.

Quand quelqu’un dit « non », c’est juste non. Point. Que ce mot soit dit, qu’un regard le traduise, un souffle inquiet ou une main qui repousse. C’est non. Toute personne qui ne comprend pas le message, se référer au paragraphe précédent.

La séduction

C’est ici que mon texte se corse. Je l’avoue j’ai cette réflexion depuis des mois. Je n’en parle pas. Je me sens mal, moi qui dit généralement beaucoup trop fort ce que je pense. Je ne voudrai pas blesser des gens ou être mal citée…

En 2018, j’aurais sincèrement la chienne d’être un homme désirant parler d’amour à une femme. Désirant lui plaire, m’en approcher, tenter un léger contact physique… Vous savez ces débuts un peu flous, un peu coquins, gênants mais enivrants… Je ne sais pas vraiment comment ça se passe dans la tête des hommes mais là là je me tiendrais vraiment tranquille ! Tout en ayant une certaine conscience de l’autre, en étant capable de décoder les messages (c’est très TRÈS clair lorsque quelqu’un ne partage pas tes sentiments !), la drague ne doit pas devenir quelque chose de mal. Se faire la cour. Se désirer. Espérer un regard, un contact… Ouf. Bonne chance messieurs !

Les grands malades, les agresseurs, ceux qui ne comprennent pas, ceux qui se pensent au dessus de tout ne vivent jamais dans ce jeu de séduction, ils imposent, ils posent un geste violent. Il n’existe même pas une parcelle d’amour dans leur geste. Ils font partie d’une classe à part de désaxés, un groupe que je souhaite extrêmement restreint. Être un homme, j’aurais peur de me faire mettre, à tort, dans leur gang de malades mentaux pour une épaule frôlée.

Les victimes

Je suis une femme. Je ne suis pas une victime. Je n’ai pas besoin de me faire protéger par les hommes qui viennent de réaliser que les femmes vivent avec des commentaires plates des fois. J’ai appris à me défendre avec ma grande gueule ou en étant directe. « Non! » « Ta gueule! » « Arrête! ». Heureusement, j’en remercie sincèrement le ciel, ça a fonctionné. Je suis une femme. Je suis une femme à l’égale d’un homme. Jeune, mes parents m’ont enseigné un élément fondamental : « Tu es une fille mais tu peux faire tout ce qu’un garçon peut faire! » J’ai appris que de donner l’image de la pauvre femme sans défense ne m’apporterait rien. La victime est la personne qui a été agressée, ce n’est pas un rôle, ce n’est pas une attitude qu’on prend, c’est un état que personne ne devrait souhaiter adopter.

Le mouvement #metoo est un formidable élan pour les victimes qui ont besoin d’un support, d’une voix. Si j’étais une victime, je serais heureuse de voir l’impact que ces femmes ont eu sur la collectivité, je me sentirais soutenue, comprise peut-être. Par contre, je serais enragée de voir des femmes utiliser ce mot clic pour tout ou rien, et tout mettre dans un même panier. Si j’étais une victime de viol, d’agression,  je serais en furie de voir des gens utiliser ce # à tous vents sur les réseaux sociaux. Ce serait de banaliser ma peine. La diluer. Avoir à la partager. Je n’accepterais pas de partager mon drame avec une fille qui publie sur sa page facebook « un homme a regardé mes courbes dans ma robe #metoo ». Ce. N’est.Pas.Le.Même.Combat. J’ai trop de peine pour les victimes d’actes extrêmement violents pour minimiser leur drame. J’aimerais juste leur prendre la main et leur dire « je suis là ».

Le féminisme

Je me considère féministe. De ces femmes qui visent une égalité totale d’avec les hommes. Respect, salaires, avantages, visibilité, postes dirigeants, reconnaissances,… C’est un travail fait depuis longtemps et nous sommes sur la bonne voie. J’admire ces femmes fortes qui prennent leur place dans notre société, dans leur monde à elles aux côtés des hommes aussi forts qu’elles. Dans tout ça, le danger c’est de reculer, d’avancer tout croche, ou de s’enliser dans un mauvais débat. Il faut éviter de « démoniser » les hommes, de faire un féminisme d’agression. C’est aussi minable qu’inutile pour faire avancer la cause. C’est comme avancer dans une forêt enneigée en utilisant un lance-flammes: ça t’ouvre le chemin, mais c’est quand même une idée de marde.

Et pour l’avenir…

Je suis aussi une mère, je n’ai pas de filles, j’ai deux garçons.

Si j’avais une fille je lui enseignerais ce que j’ai appris de mes parents, et dans l’air du temps j’aurais une bonne discussion mère-fille sur le consentement et sur l’amour.

J’ai deux garçons, je leur enseignerai ce que j’ai appris de mes parents, et dans l’air du temps j’aurais une bonne discussion mère-fils sur le consentement et sur l’amour.

Au final, en parler restera toujours un bon début. Écouter. Enseigner. Rire. Et s’aimer.

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